Palestine/Israël

 
 
Chronologie de l’histoire récente de la situation israélo-palestinienne
 
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Rétrospective de notre temps en Israël et Palestine, un mois

Sommaire
1.Notre arrivée (par Caroline)
2.Trois jours à Jérusalem (par Caroline)
3.Ensemble pour la vie : Notre arrivée à l’Arche Ma’an lil-Hayat/Le travail à Ma’an lil-Hayat/Des rencontres à Ma’an lil-Hayat  (par Jean)
4.Des murs et des hommes : Emmurés vivants / Colonisation et expropriations / Une oppression quotidienne (par Caroline) / noir et blanc (par Jean)

1/ Arrivée mouvementée en Israël  … 

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Moment partagé dans les bureaux de l’aéroport à Antalya (Turquie)

Comme nous ne pouvions pas passer par la Syrie, nous sommes arrivés directement depuis le sud de la Turquie (Antalya) par avion jusqu’à Tel Aviv. Pour cette dernière étape, une ultime épreuve nous attendait … nous dépouiller de nos vélos ! (trop délicats a mettre dans l avion et trop cher a emporter, il n y avait plus qu’un fil sentimental pour nous les faire garder pour quelques km) … Nous avons donc choisi de donner nos vélos a quelqu’un qui en aurait besoin. Nous les avons confiés à un agent de la compagnie aérienne avec laquelle nous partions (un pour lui, l’autre pour une personne du quartier déshérité dans lequel il habite), il était vraiment heureux ! S’en est suivi un moment partage avec ses collègues et amis, occasion de goûter encore une fois à la chaleur des relations turques avant de quitter le pays.

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nuit a l’aeroport… (apres 4 mois de voyage, on dort partout !)

Après deux vols, deux nuits sur les bancs des aéroports, et un interrogatoire corsé à la frontière, nous sommes arrivés fatigués mais heureux à Jérusalem tout blanc de neige au petit matin du 11 janvier. Nous avons été accueillis à la Maison d’Abraham (tenue par les bénévoles du Secours Catholique) avant de nous glisser dans la vieille ville.

2/ Trois jours à Jérusalem 

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Notre arrivée à Jérusalem (devant la porte de Damas)

Notre séjour en Israël et Palestine a commencé par 3 jours en Israël dans la ville de Jérusalem. Trois jours de chocs …

Oui Jérusalem était la ville que nous avions choisie pour destination finale de notre voyage. Mais quel choc de voir la réalité de cette ville ! Jérusalem veut dire « ville de la paix » mais elle ne l’incarne pas. Quand on nous parlait de la « Terre sainte » on nous décrivait des lieux chargés d’histoire dans un contexte complexe, les Chrétiens rencontrés en revenaient souvent enchantés. Mais ce que nous avons vu, c’est une ville pleine de tensions, de radicalismes, d’extrémismes religieux, d’absurdités. Avec peut-être aussi des vieilles pierres. Mais l’humanité nous a semblé au summum de ses divisions ici. C’était comme un concentré de toutes les tensions de religions et de nationalités. Toutes ces tensions étaient palpables (Jean a pu expérimenter l’expression violente de ces tensions lorsqu’il fut pris pour un Israélien dans une petite ruelle du quartier musulman). Un ami nous avait dit en parlant d’Israël « ici se cristallisent toutes les tensions du monde ». Oui c’est bien ça que nous avons perçu.

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Nous sommes allés plusieurs fois dans la vieille ville de Jérusalem. Nous avons été choqués par le comportement des populations croisées, on avait l’impression que chaque personne s’était enfermée dans le costume de sa religion : les juifs dans leurs « costumes traditionnels » leurs chapeaux noirs et leurs anglaises devant les oreilles, les musulmans et leurs femmes voilées tenant les échoppes et les chrétiens avec leurs croix ou leurs habits monastiques. Au milieu de tout ça, des militaires surarmés, quelques touristes avec leur appareil photo et quelques journalistes. Pourquoi  manifester autant son appartenance religieuse quand elle est autant sujet de division ? Quand on sent le niveau de tension qu il y a au sein de ces rues, et le contexte actuel israélo-palestinien on peut s’interroger sur la pertinence de ces signes. Une petite bousculade a eu lieu devant nous entre un juif et un musulman, deux militaires surarmés sont tout de suite intervenus. Le niveau de l’intervention nous a impressionnés par rapport au niveau de l’incident. A chaque coin de rue : des militaires armés, dans chaque ruelle : des cameras. Tout est sous contrôle de l’armée dans Jérusalem.

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Deux prêtres orthodoxes en train de se disputer devant l’entrée du « tombeau du Christ »

Un autre jour, après un passage au « mur des lamentations » où nous avons déposé les intentions de prière qu’on nous avait confiées tout au long du voyage, on a voulu aller au « saint sépulcre », le lieu qui fait mémoire du tombeau ou aurait été déposé le corps du Christ.  Nous entrons dans la basilique au milieu d’une foule cosmopolite, où chacun se précipite pour faire ses dévotions, les uns dans telle chapelle parce qu ils sont orthodoxes, les autres dans tel autre lieu pour telle autre raison. Tout ça dans un bruit et une agitation incroyables. Bref, ca ressemblait plus à une exposition temporaire qui ferait sensation qu’à un lieu de recueillement. Dans ce lieu étrange, on finit par trouver le fameux tombeau dont on parle tant. Avec un regain de volonté, nous choisissons de faire la « queue » pour aller nous recueillir sur ce lieu. Mais dans la queue où on est pressés par les autres touristes où chacun se débrouille pour doubler son voisin, tout à coup un prêtre orthodoxe se fraye un passage de force pour « encenser le tombeau », il manque de nous faire tomber sur son passage et balance la grille de sécurité pour sortir de la queue. Quel sens a tout ça ? A quoi ça sert d’encenser des pierres quand on violente les humains ? Quand nous arrivons près de l’entrée, qu’elle n’est pas notre mauvaise surprise en voyant le comportement des deux prêtres orthodoxes qui gèrent l’entrée des pèlerins : ils s’engueulent à haute voix devant le tombeau du Christ !  Pour entrer, nous sommes pressés l’un et l’autre dans une toute petite pièce où il y a une pierre tombale, à peine 5 secondes de silence que l’un des gardiens vient nous chercher a coup de mots incompréhensibles qui nous disent de partir vite. Là, l’exaspération touche à son comble … Caroline craque nerveusement en sortant précipitamment de la basilique, « Ils sont tous fous dans cette ville ! Je veux partir d’ici ». C’est à haïr toutes les religions que d’être à Jérusalem car nous touchons ici ce que peuvent être les religions dans leurs enfermements!  On a l’impression que les religions s’entrechoquent ici, et que chacun s’enferme dans sa religion, au détriment d’une humanité commune. Nous sommes partis de la vieille ville, choqués et en colère.

Avec Frère Andrea et sa communauté

Avec Frère Andrea et sa communauté

Après ces visites chocs, nous avons eu la chance de rencontrer deux personnes engagées pour la paix. Le premier est un religieux italien (mais sans habit !) et fait un travail de terrain important en visitant régulièrement les Palestiniens à Gaza et en médiatisant en Italie les situations d’injustices faites aux Palestiniens (voir son blog en italien, il y a relayé notre visite: http://www.andresbergamini.it/wp/5000-km-a-velo-de-france-a-jerusalem.html).

La deuxième est une religieuse française qui reçoit tant les Musulmans que les Juifs à son parloir et nous a aidés à mieux comprendre la situation. Bref après ces 3 jours, nous étions heureux de quitter Jérusalem pour partir à l’Arche, en Palestine.

3/ « Ensemble pour la vie »

Notre arrivée a l’Arche « Ma’an lil-Hayat » :

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check point de Bethlehem

Au petit matin nous avons pris le minibus à Jérusalem en direction de Bethlehem. Il nous déposa devant un check point, passage obligé lorsque nous voulons aller d’Israël en Palestine. Au pied d’un mur de 8 mètres de haut nous nous sommes engouffrés dans des couloirs de barbelé austères et surveillés par des militaires israéliens surarmées. De l’autre cote des grillages : la Palestine. Nous avions rendez-vous avec Kathy (responsable de la mission de l’Arche à Bethlehem), elle allait se charger de nous accueillir durant tout notre temps à l’Arche. Nous arrivons, l’atelier de l’Arche est une maison blanche entourée de grillages et barbelés. Sur la colline en face, nous apercevons un grand hameau blanc, entouré d’un mur lui aussi : c’est une des nombreuses colonies israéliennes en Palestine, paysage omniprésent de l’occupation oppressante qui règne ici. Derrière nous, le Mur, ce mur qui donne l’impression d’une prison. C’est dans ce contexte, concentration de souffrance, qu’est l’Arche.

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avec l’atelier de l’Arche à Bethlehem

En entrant dans l’atelier nous découvrons une vingtaine de personnes heureuses de nous accueillir. Leur atelier semble être un havre de paix au milieu de cette humanité déchirée. Les présentations commencent. Nous regardons chacun et voyons en ce lieu beaucoup de différences. Différences liés aux handicaps (personnes avec ou sans handicap), aux cultures religieuses (musulmans et chrétiens travaillent ensemble), une ambiance fraternelle règne cependant ici. Sur quoi repose cette unité, pourquoi n’y a-t-il pas aussi des murs qui séparent ces gens si différents ? Les personnes avec un handicap, par l’expérience de la vulnérabilité qu’elles nous amènent à faire, ne sont-elles pas l’objet de cette unité ? Les personnes avec handicap n’aident-elles pas dans ce cas à un dépassement de soi ? Elles nous invitent à faire tomber les murs invisibles, mais si présents, de la peur de la différence, différences qu’elles incarnent dans leurs corps, leur humanité. Très vite nous avons vu qu’en ce lieu « les murs » semblent davantage chercher à se défaire qu’à se faire. Ici la présence de l’Arche, son témoignage, nous paraissent avoir plus de puissance que dans tous les autres pays où nous sommes passés. L’Arche ici vient directement contraster avec l’extérieur en venant témoigner de la valeur sacrée de chaque personne qu’elles que soient ses origines culturelles, religieuses… Ce message ici est une proclamation révolutionnaire pacifique pour l’unité au nom de notre humanité commune, une lumière dans la nuit que traverse les Palestiniens (et peut-être aussi les Israéliens). Enfin nous nous sommes aussi arrêtés sur le nom de l’Arche de Bethlehem : « Ma’an lil-Hayat », qui veut dire « ensemble pour la vie ». Un nom certainement pas choisi au hasard dans ce contexte où la vie elle-même est si souvent méprisée. Un clin d’oeil aussi pour nous qui allons nous marier bientôt…

 Le travail à Ma’an lil-Hayat :

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atelier de feutrine

Dans l’atelier « Ma’an lil-Hayat » tout le monde travaille. Chacun à son rythme et avec ses capacités œuvre pour la production de produits en laine feutrée : fabrication de crèches en laine de mouton de Bethléem, de portes monnaies, de colombes de la paix…

Il y a comme dans les autres « centres d’activités de jour » des objectifs thérapeutiques et sociaux mais il y a aussi ici un objectif économique car la situation sociale dans les Territoires palestiniens ne permet pas l’obtention de subvention. Aussi c’est par la vente de leurs produits artisanaux que les personnes handicapées et les assistants financent à hauteur de 50% leur atelier.  Cette situation économique particulière, bien qu’étant un chalenge de taille pour un tel atelier, vient sans aucun doute donner du sens à la vie de chacune de ces personnes accueillies et de ces assistants.

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Crèches en laine de mouton faites par l’atelier de l’Arche

En effet, par le travail accompli et la vente des objets découle une reconnaissance sociale réelle. Cette vente permet aussi aux personnes accueillies de recevoir une fois par semaine un petit « pécule » et de connaître la joie de gagner de l’argent en travaillant. Avec cette question financière dont dépend le fonctionnement de l’atelier, il leur faut trouver en permanence un équilibre entre les objectifs de production et les objectifs thérapeutiques et sociaux pour que chaque personne puisse trouver en ce lieu une possibilité de s’épanouir et de progresser.

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Moment d’amitié entre Sarah (personne accueillie palestinienne) et Lise (une bénévole américaine)

 « Ma’an lil-Hayat »  a la volonté de situer son action au delà de l’atelier : « Le travail et la production à Ma’an lil-Hayat ne sont pas des fins en soi, mais des moyens d’intégration des personnes en situation de handicap mental au sein de la société palestinienne. Ils ont pour  objectif de changer la perception de la société –notamment– à l’égard des personnes en situation de handicap ». Aussi pouvons-nous penser que ce qui se vit dans ces 200 mètres carré d’atelier a des répercutions sur l’environnement social de chacun de ses membres.  Ici, chacun apprend à tisser des amitiés interreligieuses, à prendre des décisions de manière participative, à mettre sur un pied d’égalité les hommes et les femmes, à redonner à chacun sa propre dignité. Et ceci a un retentissement dans les familles de chaque membre. On nous a confié que certains assistants disaient leurs volontés de mettre en pratique certaines méthodes de l’atelier au sein de leurs propres familles.

Aussi nous avons pu être les témoins d’une célébration d’anniversaire d’une personne accueillie. L’atelier avait invité des personnes de l’extérieur proche de cette jeune femme : du personnel de l’institution où elle habite, mais aussi le chauffeur de taxi qui l’amène tous les jours à l’atelier. Ce moment de célébration autour de Khawla (Raoula) était un beau témoignage …

Des rencontres à Ma’an lil-Hayat :

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Rami et Jean

Pendant notre temps à Ma’an lil-Hayat, nous avons pu vivre le quotidien de cet atelier, partager des moments fraternels, travailler avec eux et découvrir les techniques de la feutrine pour la fabrication d’objet. En fait d’activité il s’agissait surtout de frottage et si quelques fois l’activité était monotone elle n’en restait pas moins adaptée pour les personnes handicapés et un moyen pour nous d’être en relation avec elles, de les découvrir. C’est ainsi que je fis la connaissance de Rami, une personne très communicante et qui pour autant ne possède pas vraiment le langage verbal. Rami m’invitait souvent à m’asseoir à ses côtés. Souriant, il ne cesse de répéter « yes » en me regardant, je l’ai baptisé « monsieur oui ». Le temps passe toujours vite et bien lorsque je travaille avec ce petit homme, sa joie de vie est communicative. J’ai été d’autant plus touché par les interpellations et la confiance que m’adressait Rami lorsque j’ai su qu’il lui avait fallu plusieurs mois pour s’adapter à l’atelier et commencer à socialiser.

Notre temps à l’Arche, ce fut ces rencontres improbables et simples de partage et de confiance. Rencontres, simples présences, transformantes et humanisantes que nous avons eu la joie de vivre et de vous partager au long de nos passages en ces lieux.

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anniversaire de Kawla, avec tout l’atelier et ses proches

4/ Des murs et des hommes

Pendant tout ce temps à L’Arche, nous avons découvert et expérimenté le quotidien difficile des Palestiniens durant un mois. Dans notre programme initial, nous avions prévu de passer un temps à l’Arche (côté palestinien) puis d’aller dans différentes communautés religieuses côté israélien. Mais après quelques jours côté palestinien, voyant le niveau d’oppression que vit cette population, nous avons choisi de passer tout notre séjour à être auprès des Palestiniens et à les aider en rendant service à l’Arche. De tout notre voyage, c’est le pays le plus difficile que nous ayons traversé et l’expérience la plus éprouvante de tout notre périple. Comment vous dire le quotidien ici ? C’est une suite ininterrompue de négations des droits de l’homme, de privations de liberté, de violences quotidiennes. Car ici, les Territoires palestiniens sont occupés par l’armée israélienne qui s’octroie tous les droits. Ici, nous avons vécu la peur, l’oppression, la colère. Chaque jour nous a apporté un nouveau choc, une nouvelle surprise. Ici, la guerre continue, mais une guerre dont on ne parle pas, une guerre quotidienne, une guerre d’usure.

Emmurés vivants

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Mur de séparation entre Israël et les Territoires palestiniens

« Ici, chacun construit son mur » nous a dit Andrea en arrivant. Et de fait, il y en a partout (des murs !). L’Arche elle-même est entourée de barbelés. Mais le plus impressionnant est ce mur qui sépare Israël des Territoires palestiniens, construit par Israël depuis 2002. C est une barrière de séparation qui fait 700 km de long, composée soit de sections de barbelés soit de blocs de béton de 8 mètres de haut. Elle a été établie par les Israéliens sous le motif de leur sécurité (« pour se protéger des attaques terroristes ») mais en réalité elle marque une ségrégation entre deux peuples et empêche tout Palestinien d’entrer du côté israélien (sauf s’ils obtiennent un permis, lequel est difficile à obtenir). Le mur a été condamné par l’ONU dès 2003. La Cour internationale de justice a affirmé quant à elle l’édification du mur comme contraire au droit international dès 2004. Mais face à ces condamnations, Israël a continué à construire son mur.

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le mur

Pour les Palestiniens, il est donc impossible aujourd’hui d’aller à Jérusalem, mais pour nous, avec notre passeport européen, nous avions le droit d’y aller. Comment se fait-il qu’un étranger aie plus de droit de circulation qu’un Palestinien ? Ils ont parfois l’autre moitié de leur famille derrière le mur, et ils ne peuvent plus y aller. Ils ont parfois leur travail à Jérusalem et doivent avoir un permis pour passer le mur. Ils ont parfois leur ancienne maison derrière le mur (avant la décision de la création d’Israël), et ils ne peuvent plus y aller, ils sont en camp de réfugiés, parfois depuis des générations.

Les Palestiniens nous racontaient que pour sortir des Territoires même par la Jordanie, ils doivent à nouveau franchir une frontière israélienne (car ils contrôlent toutes les frontières). Parfois, ils mettent des heures à passer la frontière, et ils prennent le risque ne plus avoir le droit de revenir dans leur pays.

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Militaires du check point volant

Pendant notre séjour, on est allés en minibus de Bethlehem jusqu’à Béthanie pour visiter une institution qui accueille des personnes avec un lourd handicap mental. En revenant, le minibus a été stoppé à un checkpoint « volant » (check point installé à des points changeants sur la route), mis sur le côté, contrôle de papiers. « Passeports ! » nous a dit sèchement le jeune militaire israélien en ouvrant la porte du bus. Plus un mot dans le mini-bus. En face de nous, trois hommes armés de mitraillettes avec des recharges de balles plein la bandoulière, pour nous demander nos passeports. Ils ne devaient pas dépasser les 25 ans, et déjà dans leurs yeux une telle dureté, une telle violence. Sur leurs têtes, une kippa. Le contrôle était si violent que nous en avons eu mal au ventre tout le reste du chemin. Mais pour nous, on endure ça pendant un mois, après on rentre chez nous. Mais pour les Palestiniens, c’est leur quotidien qui est comme ça. Des qu’ils veulent circuler même à l’intérieur des Territoires, il y a des check points partout (volants ou fixes), ils ne savent jamais combien de temps ça prendra à passer et si on les laissera passer. On nous a raconte qu’une fois, un atelier pour personnes avec un handicap (près de Bethlehem) avait organisé une sortie. Ils étaient tous dans le bus quand ils ont été arrêtés à un check point, les militaires les ont gardés deux heures au checkpoint. A un moment il y a eu un problème (pipi pressent d’une personne handicapée), les militaires se sont mis à la tabasser sous les yeux de tous, impuissants à réagir sous peine d’y perdre leur vie. C’est ça la réalité des check points ici.

Sous prétexte de contrôle et de sécurité des Israéliens, les Palestiniens ne peuvent plus circuler et semblent ici enfermés dans leurs frontières.

Photos du mur, et des dessins d’espérance que les Palestiniens peignent dessus :

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Colonisations et expropriations

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Colonie israélienne en face de L’Arche

En face de l’Arche, sur la colline, on voit un immense hameau urbain tout revêtu de pierre blanche. C’est une colonie israélienne. C’est l’Etat d’Israël qui vient prendre un terrain dans les Territoires palestiniens en expropriant les Palestiniens et en installant un hameau de « colons israéliens ». L’idée étant d’élargir au maximum le territoire d’Israël et de faire fuir les Palestiniens vers l’étranger. Un outrage de plus aux droits des Palestiniens. Autour des colonies, il y a un mur de « protection », un mur de plus. En Territoire palestinien, on compte plus de 150 colonies, ce qui fait au total 500 000 Israéliens illégalement sur les Territoires palestiniens (contre 1,4 millions de Palestiniens). Cette année encore, l’ONU a demandé le retrait des colons israéliens.

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un des 3 camps de réfugiés de Bethlehem, où les Palestiniens ont fini par construire leur maison en attendant de retrouver la leur (derrière le mur maintenant)

Ici, les Palestiniens nous rappellent leur histoire. Il y a 60 ans ils étaient « chez eux » partout. Puis en 1947, L’ONU a pris ensuite la décision de donner une partie de leur pays pour la creation d’Israel. Beaucoup ont alors été expropriés de chez eux et sont encore aujourd’hui dans des camps de réfugiés (dans leur propre pays !). Les autres ont vu leur pays se réduire, un mur se construire, leurs libertés et leurs droits se réduire en peau de chagrin, et maintenant dans le bout de terrain qui leur reste, des Israéliens viennent à nouveau les exproprier et implanter leurs maisons.

Une oppression quotidienne

Mais ce qui nous a marqués le plus pendant ce mois en Palestine c’est la violence quotidienne. Chaque soir nous entendons des tirs ou des explosions. Nous logeons près du Mur et du check point de Bethlehem, lieu de tensions régulières, de révolte palestinienne et de répression israélienne. Se coucher chaque soir en entendant les tirs, sans savoir ce qu’il se passe, en craignant une répression massive par une bombe ou une balle perdue dans un échange de tirs. Se coucher et avoir peur chaque soir. C’est notre quotidien. Mais c’est surtout celui des Palestiniens, qui eux ne peuvent pas prendre un avion pour fuir en cas de débordement de violence.

Qu’est ce que c’était ces tirs et ces explosions qu’on entendait chaque soir ? Deux choses. La première, ce sont des mères de famille palestiniennes qui nous l’ont appris, la peur dans la voix pour leurs fils. Ce sont des incursions régulières de l’armée israélienne pour venir « chercher un homme », comme elles disent ici : ils viennent armés et dans la nuit ils entrent dans un camp de réfugiés ou dans un quartier et ils enlèvent un homme (parfois encore mineur), sous pretexte d’avoir eu une action politique ou d’avoir été vu dans une manifestation même pacifique, qu’ils détiennent ensuite dans les prisons israéliennes pendant 6 mois renouvelables. (il y a à ce jour près de 1000 palestiniens « détenus administratifs » dans les prisons israéliennes sans aucun procès, sans pouvoir voir leurs familles). Avec toutes ces arrestations, on considère que quasiment toutes les familles palestiniennes ont été touchées par l’arrestation d’un de leurs proches. Le but est l’intimidation de la population et l’écrasement de toute opposition à l’occupation israélienne. Mais comment un homme peut-il se construire quand il sait qu’une arrestation est toujours possible pour un temps indéfini ?

Les explosions, c’était encore des incursions de l’armée israelienne, mais pour détruire des maisons habitées de Palestiniens. Ils arrivent et disent « vous avez 10 mn pour sortir ! », après quoi ils font « tomber la maison ». La maison d’une famille comme vous et nous. Toujours pour intimider. C’est tout ça qu’il se passe la nuit en Palestine.

Et en journée, la violence est omniprésente. Un jour, alors qu’on se promenait dans notre quartier, on a entendu des coups de feu, on est tout de suite rentrés dans un magasin. Quand on est sortis 5 mn plus tard, la rue était cernée par les militaires pour contenir la population. Un militaire israélien venait de faire une descente dans le quartier et de tuer en plein jour et en pleine rue un adolescent palestinien de 15 ans, parce qu’il aurait jeté un caillou sur le mur. Quelques jours après, les habitants sont descendus dans la rue de manière pacifique pour dénoncer cette mort innocente, mais tout de suite le mouvement a été réprimé par des gaz lacrymogènes de la part des militaires israéliens.

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une des tours de contrôle des militaires israéliens

A chaque angle du Mur, il y a une tour de contrôle avec des snippers qui voient tout ce qu’il se passe dans la rue et dans les quartiers. En voyant on s’est demandé si on serait capables, nous, d’habiter dans une de ces maisons sous les tours où des militaires armés voient tous nos mouvements et dont on sait qu’ils sont capables de tout ?

Enfin, « l’eau c’est la vie ». Dans l’édification du mur, non seulement les Israéliens ont changé le partage des territoires pour prendre toutes les sources d’eau mais en plus ils interdisent aux Palestiniens de creuser des puits sur leurs propres nappes phréatiques.

La vie est si vulnérable. Je n’ai jamais senti à quel point la vie pouvait s’arrêter parce qu’une personne en face appuie sur une gâchette, à quel point un peuple pouvait être privé de protection vitale, mais aussi de droits et de libertés. Et pourtant, la vie continue. Au milieu de toute cette guerre, les familles continuent à faire des enfants et à prendre soin. Des professionnels continuent de prendre soin des personnes avec un handicap, les commerçants continuent à vendre et à rester aimables. Nous avons vu des hommes debout, des hommes qui bien qu’ils sachent la vulnérabilité de leur vie, ne se laissent pas détruire par la peur, le pessimisme. Nous avons vu des personnes continuer à célébrer la vie, à rire, à chanter, à danser, à s’investir. Et nous avons été impressionnés.

Noir et Blanc

Il ne serait pas juste de présenter notre rencontre de la situation Israélo-palestinienne en réduisant notre témoignage à une distinction entre « des bons » et « des méchants », entre du tout-blanc et du tout-noir. « Les Israéliens » au même titre que « les Palestiniens » n’est que l’appellation utilisé pour nommer ces peuples. Pour autant ces peuples ne sont pas une seule personne, mais une multitude d’individus aux histoires, aux cultures sociales et religieuses différentes, voir très différentes (sur le sol israélien c’est essentiellement un peuple issu de l’immigration)… Sans tomber dans un relativisme qui viendrait omettre ou justifier les violences exercées par un grand nombre d’Israéliens sur les palestiniens au nom d’une idéologie sioniste, d’une politique nationaliste dominante et très violente, nous voulons témoigner que comme en Palestine il y a aussi des gens en Israël, des groupes associatifs qui œuvrent pour plus d’égalité sur le sol israélien (où tout le monde est loin de posséder les mêmes droits) et aussi pour plus de justice entre Israéliens et Palestiniens, pour que cesse l’occupation et tout ce qu’elle comprend de violence extrême. Ainsi nous avons pu rencontrer ou entendre parler de ces différents mouvements militants israélien ou/et palestinien comme Cercle de parents, Les femmes en noir, Rompre le silence, Les combattants de la paix, les Filles de la charité, Wi’am, l’Arche* …. 

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Rencontre avec l’association Wi’am (pour la résolution des conflits des Palestiniens)

Ils sont de véritables signes d’espérance pour la paix en contribuant à aider les Palestiniens tout en témoignant de possibles alternatives aux communautés israélienne et palestinienne. Si l’action de ces gens ne change pas la donne sur la situation d’écrasement que vivent les Palestiniens aujourd’hui, nous pouvons penser qu’elle travaille doucement et de l’intérieur une société qui a certainement besoin d’être désarmée, de quitter sa montagne de peur.

Le mur doit tomber des deux côtés pour que ces différentes communautés puissent peut-être un jour vivre en paix, sur un pied d’égalité. « Il faut créer des ponts » nous disait Frère Andréa qui passe beaucoup de temps à Gaza et nous témoignait de la situation là-bas. Peut-être aurons-nous un jour, comme nous l’avons vu en Allemagne, la bonne surprise de voir le mur s’écrouler et un système égalitaire se reconstituer sur cette terre. Tout ces gens, via leurs actions socio-politiques pacifiques, auront joué un rôle pour cela. Nous reconnaissons l’action de ces gens comme étant une contribution à la construction de la paix. Ils sont courageux et payent parfois très cher leurs implications, mêmes pacifiques. Nous vous invitons à rencontrer ces personnes si vous allez un jour en Israël et en Palestine, pour vous rendre compte de la situation des habitants.

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Une rue commerçante de Hébron grillagée à cause des projectiles lancés sur les Palestiniens par les colons israéliens pour les faire partir

Enfin, nous savons qu’en réponse à ces situations d’occupation, certains mouvements de résistance côté palestinien ont tendance à s’extrêmiser… encore une fois il n’y aura jamais un côté totalement blanc et l’autre totalement noir ; mais le niveau d’oppression exercée n’explique-t-il pas (sans justifier) la montée d’un groupe qui se radicalise? Un enfant à Gaza n’a connu que la guerre, a vécu une multitude de traumatismes, manque d’instruction (beaucoup d’enfants ne peuvent pas finir leur scolarité) et de beaucoup d’autres choses…  J’ai moi-même vu des enfants de moins de 8 ans lancer des pierres au dessus du mur. Quel est dans ce contexte leurs perspectives d’avenir, comment peuvent-ils se construirent avec des systèmes éducatifs mis à mal, des parents au chômage (aujourd’hui plus de 50% des Palestiniens n’ont plus de travail alors que ce pays était par le passé « autosuffisant ») et dans un tel système répressif (j’ai vu au check-point trois hommes en mitraillette arrêter un enfant d’à peine 7 ou 8 ans qui passa trop vite la barrière pour rejoindre l’adulte qui l’accompagnait…) ? De même nous pouvons nous demander ce qui fait réellement dériver « Israël » vers de telles violences à l’égard de leurs voisins ? « Israël » n’est-il pas en train de faire revivre au peuple de Palestine ce que eux même ont vécu dans les ghettos ? Dans cette même logique ne sont-ils pas en train de s’enfermer eux mêmes ? Tel un enfant ayant vécu un traumatisme non soigné, « Israël » dans une tentative d’auto-guérison serait dans la répétition inconsciente d’une situation passée dont il n’arrive à se défaire ?  Les « Israéliens » porteurs de l’idéologie sioniste qui motive la politique en rigueur sont certainement responsables de ce qu’ils font, mais sont-ils si conscients du cercle infernal dans lequel ils semblent être enfermés ?  Il n’en reste pas moins que si « les Israélien » seraient les victimes de leur histoire passé et des traumatismes qui en découlent, les Palestiniens dans leur immense majorité sont eux les victimes aujourd’hui de cette guerre injuste, de cette occupation violente, qu’ils espèrent voir se terminer un jour. A l’insu de toute la médiatisation sensationnelle télévisée, les faits que nous avons vus et les chiffres que nous avons lus traduisent la violence qui s’exerce sur ce peuple palestinien. Nous voudrions que cela s’arrête et que ces peuples puissent vivre ensemble au nom d’une humanité commune. Que deviendrait le monde si chacun revendiquait la terre de ses ancêtres au nom de je ne sais quel argument ;  personne ne serait à sa place, c’est un fait, impossible seraient ces requêtes. La seule solution est dans le « vivre ensemble » aussi dure soit-il à imaginer et à construire en raison de nos différences mais surtout de nos peurs, moteur de toutes nos violences.

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Une des familles palestiniennes qui nous ont reçus avec tant de chaleur

Conclusion

Au bout de 4 mois et demi de voyage à vélo, on ne s’attendait pas à un temps aussi éprouvant en arrivant à Jérusalem et en Palestine. Mais si on a souffert de l’oppression, on a été contents de vivre auprès des Palestiniens. Finalement, peut-être que notre temps à vélo et les 7 pays traversés avant d’arriver nous ont préparés à habiter dans ce pays en guerre, à rencontrer ces gens, à endurer le quotidien avec eux et à chercher tout de suite des signes d’espérance.

En Palestine et en Israël nous avons rencontré des gens debout, engagés discrètement ou ouvertement pour la paix. A nous qui ne risquons plus rien depuis que nous sommes de retour en France, nous disons notre admiration pour tous ces hommes et ces femmes de paix.

Nous allons continuer à dénoncer les injustices faites aux Palestiniens et chercher à œuvrer pour la paix, depuis la France.

Avec toute la communaute de l'Arche a Bethlehem

Avec toute la communauté de l’Arche à Bethlehem

Lien des associations nommées dans le texte :

Cercle de Parents : www.theparentscircle.org (mouvement de parents palestiniens et de parents israéliens qui ont perdus un enfant dans la guerre). En lien, un article du Monde qui parle de cette association :http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/12/08/partage-la-souffrance-de-ton-ennemi_1802010_3232.html

–  Les femmes en noir : http://www.femmesennoir.org  (Le groupe Femmes en Noir est né sur une place de Jérusalem Ouest en janvier 1988, au début de la première intifada, de la rencontre de sept femmes israéliennes, parmi lesquelles la féministe et pacifiste, Hagar Roublev, malheureusement décédée depuis.
Elles ont choisi le silence et le noir pour protester contre l’occupation militaire de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, décidée par le gouvernement israélien)

« Breaking the silence » (Rompre le silence) : www.breakingthesilence.org.il (Organisation d’anciens soldats israéliens qui témoignent de la réalité de la guerre d’occupation israélienne dans les territoires palestiniens, sans tabous ni faux semblants. Leurs témoignages, accompagnés de photos et de vidéos, invitent les Israéliens à prendre acte des dérives de leur armée et à se sentir responsables de ce qui se joue dans les territoires palestiniens.)

Combattants pour la paix : http://cfpeace.org/ (Le mouvement, composé d’anciens militants palestiniens et soldats israéliens, promeut une solution juste et paisible du conflit israélo-palestinien à travers le dialogue et les moyens non-violents. Après avoir porté des armes pendant de longues années, ces ex-militants et soldats ont décidé de céder à leurs armes et à combattre pour la paix et la justice.)

Filles de la Charité à Gaza : http://daughtersofcharity-gaza.blogspot.fr/ (association qui cherche à aider les plus pauvres de la bande de Gaza) ou le blog d’Andrea Bergamini : http://www.andresbergamini.it/wp/

Wi’am : http://www.alaslah.org/ (Wi’am vise à améliorer la qualité des relations et à promouvoir la paix et la réconciliation dans la communauté palestinienne. Ils interviennent notamment aupres des jeunes pour désarmorcer la violence, et auprès des touristes pour leur faire rencontrer la réalité du pays)

L’Arche à Bethlehem : http://www.larche.org/accueil.fr-fr.1.0.index.htm mail : arche.bethlehem@gmail.com (Atelier de feutrine pour personnes avec un handicap mental, membre de l’Arche internationale)

Lectures pour approfondir le sujet :

– « Chroniques de Jérusalem », Guy Delisle (BD racontant un an du dessinateur français en Israël et Palestine)

« Israel-Palestine, le défi binational » de Michel Warschawski (auteur israélien)
Post-scriptum d’Elias Sambar, ISBN 2-84597-018-8, Diffusion Seuil, Les editions textuel, 2001 (Collection La discorde)
–  « Palestine et Palestiniens » (auteur palestinien)
Guide de voyage, Groupe de tourisme alternatif, ISBN 9950-319-00-5

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